vendredi 5 avril 2019

Bore-out.../...


Planète nausée. Des œuvres d'art dans le vomi VIP des fils de. Des phénomènes littéraires shootés aux phéromones commerciales. La nausée des costumes, des cravates, des uniformes, des baggys, des casquettes, du swag, de la montre et du tatouage, du piercing et des protéines en poudre, la nausée de tout ça, le pack complet, ce que tu as signé sans le lire parce que les pages étaient blanches et bourrées d'encre sympathique. Chèque en bois. Promesse de don. De la nausée en barre.  Et des pointes pour hérisser le quotidien.
Seul, je parle seul tu vois le truc. A voix haute. A moi. A voix basse. A quelqu’un. Dans ma tête.
Fin de journée. On est au cul-à-cul. Chaque solitude en boîte en collusion express avec les autres. J’allume un joint au premier feu rouge. Je fais gaffe quand même, tout le monde se zieute. Première, tu avances un peu, tu freines, point mort, ton cerveau à bout, les feux rouges, ton cerveau qui bout, tous ces gens dans toutes ces bagnoles, les flics, ça bloque, tu te prends la tête, ça n’avance plus, tu sciences dans le flou en roulant à dix cinq jours sur sept, tu te tapes des embouteillages d’au moins une heure pour y aller ou en revenir, tu réfléchis au volant, tu fais le point quoi, tu écrases le joint et t’en as marre, plus que saturé d’être tous les jours dimanche, assis devant un putain de feu rouge. Coincé entre des tours de boulot. Pas de changement sous les slogans.
Seul je parle seul pour me repérer. Pour ne pas me perdre. La nausée en one shot mon pote. Notre monde est radioactif. Tu te lèves, il fait nuit. Notre monde est mafieux. Tu rentres, il fait nuit. Aucune différence entre greepeace et les entreprises radioactives. Ton petit générique du JT avec l'explosion-évènement du jour qui remplit le vide. Tout est pourri. La petite aventure qui constitue ton trajet quotidien. Tu te dis que ça ta fait chier de lire ça parce que c’est ce que tu cherches à oublier, tu te persuades pourtant avec application. Plus de la moitié des accidents ont lieu dans le périmètre proche des domiciles des victimes. Tu n’es qu’un dommage collatéral. 100 % des gagnants ont tenté leur chance. Tu es le dommage collatéral. Si tu te sens visé, c’est que tu l’es. Ce monde est mort et tu t’entêtes à dire non, parce que tu touches la limite. Tu ressens régulièrement, les derniers soubresauts du corps à l’agonie. Ta gueule de faux-cul a pris les devants depuis toujours. Tu te mens. Tu mens à tous. Tu mens. Tu imagines, dans ton cercle sombre, que je te parle d’un promontoire. Est-ce que je mets anxiolytiques et antidépresseurs dans diplôme et formation ? Ta vision est biaisée. Tu appartiens à la classe 9, matières diverses et dangereuses pour l’environnement. Réveille-toi, le feu est vert.
Ne pas me perdre.

 (...)



jeudi 4 octobre 2018

Data loss [11]


ambiance
(…)

Je cherche un sens dans ce que je déchire. Ma vie ressemble à celle des autres. Les collègues ânonnent des phrases toute faites style: « Personne n'est irremplaçable. ». Ce genre de trucs absolument implacable. Pathétique. Ils tentent de te les bourrer dans le crâne leurs dictons, leurs proverbes débiles. De te les injecter en sous-cutanée. En puce RFID. Parce qu’ils sont des rouages, ils transposent. La même journée se répète depuis toujours. Vie de merde.
Ils ont peur des mauvais résultats de l’entreprise car leur vie en dépend. Ils se sentent directement concernés par une vente de quelques mètres de tuyaux. Ils vivent pour la santé de l’entreprise car c’est de leur santé qu’il s’agit. C’est comme ça, c’est la vie. C’est pas facile tous les jours mais on tape dans la butte. On retrousse ses manches et on enchaîne encore et encore les proverbes foireux.
Je passe 42 heures de ma vie chaque semaine avec des gens comme ça. A un moment donné, c’était sûr que ça allait péter.

«  Continuez. »
J’en ai marre, grave marre.
Depuis que je bosse, on m’a toujours répété : ne pose pas de questions. Reste factuel. Non, je ne sais pas pourquoi il faut faire comme ça mais c’est comme ça. Pas d’émotions. Ça ne sert à rien de se poser des questions. On n’est pas là pour ça. Reste factuel. Troupeau, troupeau, troupeau. Bêle, bêle, bêle. Chercher à comprendre, c’est déjà commencer à désobéir.
Ne te fais pas remarquer.
On ne te demande pas d’être humain.
On s’en torche même de ton humanité.
Tu n’es pas là pour ça.
Tu n’es pas là pour être gentil.
Et moi en fait, je n’aime pas ce rôle. Je déteste tous ces moutons, ces larbins. Savoir que j’ai réussi à me satisfaire de ce monde-là, ça fait de moi un collabo.

« Bien. On va s’arrêter là pour aujourd’hui. Oui, le temps imparti pour une consultation est écoulé. C’est fini pour aujourd’hui. Non, c’est normal, ne vous inquiétez pas, petit syndrome sous-jacent. Les médicaments vont vous soulager. Voici votre ordonnance. Soixante Creds. Non, vous réglerez auprès de ma secrétaire. Oui, à l’entrée »

Le psy s’était écarté de son bureau.
« Non, vous n’aurez pas d’arrêt de travail, les consignes que j’ai reçues n’allaient pas dans ce sens. Vous devez rester actif. Voilà, je pense que vous n’avez pas de questions. Dans le cas contraire et pour tout renseignement complémentaire, un conseiller se tient à votre disposition au prix d’un appel local à ce numéro.»

E-coeu-ré. Champs de soleils morts. Ce psy n’était pas humain. C’était une de ces saloperies censées nous formater. J’étais classé en individu à risque mais je n’avais même pas droit à un petit arrêt. Je n’ai rien dit. Ils voulaient me garder sous leur coupe. Je peux continuer comme ça : faire semblant d’accepter l’inacceptable, watch tv & drink your beer, faire semblant de me faire formater avec plaisir, amener des croissants le matin ou des bonbons l’après-midi, prendre l’air grave si LE problème survient. Je peux continuer comme ça à me sentir bien et détendu et tranquille à 15,6 unités d’alcool. Il existe une large palette de traitements spécifiques et adaptés à chaque cas. Ils me tracent. Vous êtes mauvais. Ils m’ont fait. Vos retards quotidiens n’arrangent rien. Ils m’ont fabriqué, formaté. Conditionné. Avec des réflexes. Des réponses précises à tout un champ de stimuli. On vous a à l’œil. Ils m’ont destiné à une carrière. A un rôle.

Je me suis levé et il m’a raccompagné jusqu’à la porte, m’a tendu la main avec un petit sourire juste ce qu’il faut et :
« Nous nous reverrons la semaine prochaine. Continuez, vous êtes sur la bonne voie. »

(…)